Un constat social aux conséquences biologiques
L'être humain est un être social. Cette affirmation souvent répétée n'est pas que de la philosophie, c'est de la biologie. La qualité des relations sociales a des effets avérés sur la santé, le risque de maladie et l'espérance de vie. La solitude, à l'inverse, est considérée dans la recherche moderne en santé comme l'un des facteurs de risque les plus graves, mais les moins pris en compte.
Ce que montrent les études
Une méta-analyse très citée de Julianne Holt-Lunstad et de ses collègues, qui a exploité les données de plus de 300 000 personnes, a conclu que l'isolement social augmente le risque de mortalité dans des proportions comparables au fait de fumer 15 cigarettes par jour. Ce n'est pas une comparaison rhétorique, mais un énoncé statistique sur des risques relatifs.
Les personnes ayant des liens sociaux solides vivent en moyenne plus longtemps, se rétablissent plus vite des maladies et présentent des taux plus faibles de maladies cardiaques, de démence et de dépression.
Les mécanismes biologiques
Comment, précisément, les liens sociaux influencent-ils la santé ? Plusieurs mécanismes ont été identifiés :
- la solitude active le système de stress et augmente durablement le taux de cortisol
- elle favorise les processus inflammatoires dans le corps
- la qualité du sommeil diminue chez les personnes qui se sentent seules
- le système immunitaire réagit au stress social par une modification de l'expression des gènes
- à l'inverse, une interaction sociale positive favorise la libération d'ocytocine, qui atténue les réactions de stress
La solitude n'est pas la même chose que le fait d'être seul. On peut se sentir seul en société, et les personnes qui vivent seules ne souffrent pas nécessairement de solitude.
Un défi de société croissant
La solitude n'est pas un phénomène marginal. Des enquêtes menées dans différents pays européens montrent qu'une part importante de la population souffre régulièrement de solitude, et ce dans toutes les tranches d'âge. Les personnes âgées sont particulièrement touchées, mais les jeunes adultes rapportent eux aussi, dans les études, des sentiments de solitude plus fréquents qu'on ne le suppose.
La communication numérique a transformé la nature des échanges sociaux, mais ne les a pas entièrement remplacés. La qualité du lien semble plus importante que la quantité de contacts numériques.
Ce qui aide
La recherche montre que le type d'intervention dépend de la cause de la solitude. Une personne qui se sent isolée faute d'occasions a besoin d'un soutien différent de celle à qui manquent des compétences sociales ou l'estime de soi. Les activités collectives, l'engagement bénévole et des conversations régulières et porteuses de sens sont considérés comme particulièrement efficaces.
La santé sociale mérite la même place que la santé physique. L'entretenir n'a rien d'évident : c'est un investissement actif.
